Abris du Kronprinz

Les abris du Kronprinz ont été édifiés au cours des premiers mois de la guerre, dès que le front s'est stabilisé une fois la guerre de mouvement terminée. Les deux armées sont face à face et s'enterrent. Les travaux débutent dans le bois vraisemblablement en décembre 1914. Le choix du site est particulièrement judicieux, en ce sens que les Allemands ont fortifié une position naturellement forte, en sous bois et à contre pente. Les constructions étaient aux trois quarts enfouies. Les hautes branches de quelques grands chênes voisins supportaient des observatoires blindés auxquels on accédait à l'aide d'échelles.

Ces abris, situés à peine à deux kilomètres des premières lignes, servaient de PC avancé aux généraux et officiers de l'état-major de l'armée allemande chargée du secteur Argonne commandée par le Kronprinz Ruprecht de Bavière (1914/1915).

C'est un vaste ensemble de plusieurs blockhaus (villas) de style oriental construits en béton. Ils étaient recouverts d'une toiture de plus de 6 mètres d'épaisseur, constituée de couches de protection et "d'éclatement", faite de poutrelle métalliques, de traverses de rails, le tout noyé dans le béton et recouvert de sacs de sable, ce qui les mettait à l'abri des obus de gros calibre. Quelques années après la guerre, les récupérateurs ont enlevé en grande partie cette épaisse couche.

Chaque construction était complétée par un abri profond à l'abri de tous les projectiles auquel on accédait de l'intérieur par un escalier d'une vingtaine de marches. Les abris étaient reliés entre eux et à ceux des hommes de service et des unités de garde par de profonds boyaux recouverts de caillebottis.

Le plus remarquable était sans aucun doute l'aménagement intérieur d'un grand confort.

Ils étaient éclairés à l'électricité (groupes électrogènes) et chauffés par de traditionnels grands poêles bavarois. Les pièces étaient lambrissées de noyer et l'ameublement provenait des maisons cossues des alentours. Lorsque les soldats américains de la 77ème D.U.S. ont prénétré dans ce fort, ils ont été ébahis devant le butin qu'ils découvraient : des armoires à glace, des bars débordant de vins fins, de schnaps, de havanes, des baignoires avec eau chaude et eau froide. Au dehors, des parterres de fleurs, des potagers, des pistes de boules ... tout ce luxe à quelques centaines de mètres du front.

Il y a également ce témoignage de l'ancien maire de La Chalade, monsieur Hurlain, qui, ayant pénétré dans l'immédiat après guerre dans un de ces abris, a eu la surprise d'y découvrir un objet particulièrement insolite : un piano.

Date de dernière mise à jour : samedi, 09 Mars 2013